Quand l’Empire tue au nom de la paix

IKP Ubuntu Mental Plateforme centrale de la conscience panafricaine

Par Kinoza Mike

Le mot "terrorisme" envahit les discours politiques, les plateaux télé et les manuels sécuritaires. Il désigne l’ennemi par excellence : insaisissable, violent, fanatique. Pourtant, une autre forme de terreur, plus froide, plus institutionnelle, échappe souvent à cette qualification : celle exercée par les puissances impérialistes elles-mêmes. C’est ce que nous appelons le terrorisme impérial.

Une violence habillée de vertu

Le terrorisme impérial ne porte pas de kalachnikov. Il parle diplomatie, traite à l’ONU, envoie des "forces de paix", largue des bombes dites "intelligentes", signe des contrats de reconstruction. Il se déploie sous des visages divers : celui du soldat humanitaire, du conseiller militaire, de l’entreprise transnationale ou du diplomate zélé.

Mais derrière cette façade civilisée se cache une réalité brutale : des peuples broyés au nom de la stabilité, des territoires dévastés au nom du progrès, des régimes renversés au nom de la démocratie.

Des exemples que l’Histoire ne peut plus taire

  • Irak 2003 : plus d’un million de morts, des villes rayées de la carte, une région plongée dans le chaos, sans jamais trouver les armes de destruction massive.
  • Libye 2011 : intervention "humanitaire", assassinat de Kadhafi, effondrement de l’État, résurgence de l’esclavage et des trafics d’êtres humains.
  • Rwanda 1994 : soutien diplomatique et militaire d’une puissance occidentale à un régime préparant un génocide, puis opération de communication humanitaire en pleine tragédie.
  • Palestine, Congo, Haïti, Mali... : des présences militaires ou économiques étrangères justifiées par la "lutte contre l’insécurité" ou le "développement", mais qui masquent des logiques de prédation.

Le monopole du récit

Ce terrorisme d’État ne fait jamais la une des JT comme "acte terroriste". Il est invisible dans le langage dominant, car il contrôle ce langage. Ce sont les dominés qui sont "radicalisés", jamais les dominants. Pourtant, dans bien des cas, les victimes civiles de l’Empire sont bien plus nombreuses que celles du terrorisme non étatique.

L’Empire tue en silence, puis écrit l’histoire. Il détruit, puis vend la reconstruction. Il sème le chaos, puis condamne ceux qui en émergent comme résistants ou extrémistes.

Résister à l’hypocrisie

Il est temps de nommer les choses avec honnêteté. Le terrorisme n’est pas l’apanage des groupes armés. Quand une puissance décide de frapper un pays au nom de ses intérêts stratégiques, en tuant indistinctement des civils, elle pratique aussi une forme de terreur : l'impérial terrorisme.

Reconnaître cette réalité ne revient pas à excuser les violences des groupes radicaux, mais à briser l’arrogance morale des empires qui s’autoproclament juges du bien et du mal.

Le monde a besoin de justice, pas d’impérialisme déguisé. Il a besoin d’une mémoire rééquilibrée, d’une parole libérée, d’un vocabulaire rénové. Le terrorisme impérial doit être nommé, dénoncé et combattu – non pas seulement avec des mots, mais par des consciences éveillées et des solidarités nouvelles.

Quand l’Empire tue au nom de la paix
Michel Ndayishimiye 25 mars 2025
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Violences systématiques commises par des puissances impérialistes
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